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DE RETOUR DE GRÈVES : Interpro... mise

jeudi 13 janvier 2011, par Greg

À Montpellier les AG de personnel en grève de l’éducation n’ont pas réussi à réunir beaucoup de monde malgré un taux important de grévistes en particulier dans le premier degré. Nous nous sommes retrouvés entre 60 et 100 à chaque fois (contre 150 à 300 pendant l’année 2008-2009 en opposition aux mesures Darcos, et plus de 500 pratiquement à chaque AG en 2003). Ces AG regroupaient les personnels de l’éducation de la maternelle à l’université mais elles étaient composées avant tout d’enseignants du premier degré, quelques collègues du second degré et du supérieur y venaient mais majoritairement, ceux-ci préféraient assister aux assemblées générales d’établissement lorsqu’elles existaient. Pourtant malgré (ou à cause de) leur faiblesse numérique ces AG se sont révélées très combatives. Dès le 7 septembre, l’assemblée générale a voté la reconduction de la grève.

Une mobilisation tournée vers l’interpro

C’est aussi à ce moment-là qu’a été mise en avant la nécessité d’étendre le mouvement et donc d’appeler à des AG interpro. Le 7 septembre la première de celles-ci était organisée, suivie par d’autres à chaque grosse journée de mobilisation, puis un peu plus fréquemment lorsque le tempo du mouvement s’est accéléré. Ces AG interpro ont réuni jusqu’à 250 personnes de plusieurs secteurs (poste, France Télécom, santé, SNCF, éducation et éducation spécialisée, étudiants, lycéens…) mais ils s’agissaient bien souvent de personnes isolées sur leur secteur ou très minoritaires. Aucune des personnes présentes ne « représentait » réellement un secteur en lutte. Chez les enseignants, à la poste ou à France Télécom qui étaient relativement bien représentés la grève reconductible était très minoritaire. Dans d’autres secteurs il n’y avait pas de grève reconductible et les personnes présentes étaient des individus isolés. Pour les secteurs en lutte plus marquée, comme la SNCF, seuls quelques militants étaient présents sans jonction réelle avec le secteur en lutte. Cette configuration a là aussi entraîné une radicalisation des positions des AG interpro mais sans grandes possibilités d’actions. D’ailleurs les plus fortes d’entre elles (blocage du dépôt de carburants, des camions postaux, des camions poubelles, opérations péages gratuits…) étaient initiées par une intersyndicale de cheminots ou par la CGT et l’AG interpro servait de relais d’information.

Un lieu de rencontre mais sans grands pouvoirs

Si les liens interprofessionnels se sont structurés très vite au niveau de l’AG interpro, et si ceux-ci ont été une réalité sur le terrain de la lutte, sur les piquets de blocage, dans les rencontres à l’entrée des boîtes lors de tractages, l’AG interpro n’a pas réussi à devenir un vrai lieu de coordination faute de forces suffisantes en présence. Les seules organisations syndicales jouant vraiment le jeu furent Solidaires et la CNT, si la présence de Solidaires a permis un embryon d’interpro réel, elle ne fut pas suffisante pour aller plus loin. L’implantation de la CNT en dehors du secteur de l’éducation est tellement faible qu’elle n’a pas apporté de surface plus grande. Pour autant ces AG ont permis de regrouper des personnes désirant lutter qui sans celles-ci auraient été totalement isolées.

Parallèlement les enseignants en grève étant très tournés vers l’interpro, ils ont peu cherché à mobiliser à l’intérieur de la profession. Cette attitude a d’ailleurs été revendiquée par certains d’entre eux qui ne croyaient pas à la possibilité de mobiliser dans la profession et étaient fatigués de se retrouver toujours en position de motiver les troupes sans grand succès. Ce qu’ils avaient déjà fait en
2003 pour les retraites, en 2005 contre le CPE et en 2008-2009 contre les mesures Darcos. La grève reconductible a donc été très minoritaire avec quelques endroits (quartiers ou lycées) où l’effort de mobilisation a été plus important et les pourcentages de grévistes un peu plus élevés.

Une mobilisation très populaire mais avec une faible participation active

Finalement le scénario que l’on a vu se dérouler dans notre milieu professionnel ressemble certainement à ce qui s’est passé un peu partout en France. Un soutien très fort de la population au mouvement mais sans que les individus ne se sentent directement concernés. Beaucoup de gens pensaient en effet que le combat se menait ailleurs que sur leur terrain. « Moi si je me mets en grève je ne gêne personne, il vaut mieux que j’aide les raffineurs/les cheminots qui, eux, ont un vrai potentiel de nuisances. », que ce soit dans cette version ou une approchante, on a souvent entendu ce genre de propos. Et c’est ainsi que s’est développée une véritable grève par procuration : beaucoup de travailleurs étaient près à descendre dans la rue mais ils estimaient que la véritable lutte avait lieu sans eux, ils se persuadaient ainsi que leur place était celles de supporter (spectateurs ?).

Comment faire mieux demain ?

Il me semble que c’est un élément important d’analyse que l’on aurait tort d’oublier. En effet nous avons vécu un mouvement social extraordinaire dans lequel les pratiques de lutte des classes ont été remises au goût du jour, comme ça avait déjà été le cas lors de luttes locales contre des fermetures d’entreprises. Nous avons aussi pu observer une solidarité et un engagement interprofessionnel et intergénérationnel, des liens ont été tissés que l’on espérait depuis déjà plusieurs années. Dans ce mouvement les syndicats ont joué la carte de l’unité, certes avec des hésitations mais sans grande trahison, il serait donc à mon sens illusoire et dangereux d’analyser l’échec de la mobilisation en les inculpant. Nous ne pouvions décemment pas attendre mieux de leur part et poussées par des secteurs combatifs, les centrales syndicales ont été tenues de jouer la carte de la lutte encadrée et sous leur direction. Un élément qui me semble déterminant dans la défaite que nous avons subie est le manque de forces combatives, les militants (au sens large) se sont mobilisés, ils ont rallié à eux un premier cercle de travailleurs engagés et gagné un soutien massif de la population, mais sans que celle-ci ne s’engage réellement dans la lutte. Toute la question, aujourd’hui, pour nous, syndicalistes révolutionnaires, est de trouver les méthodes pour redonner toute sa valeur à la grève. Celle-ci doit en effet à nouveau être vécue comme un moment de la lutte de classe et non plus comme une protestation citoyenne accompagnée d’ailleurs systématiquement d’une manifestation.

Franck Antoine CNT 34 éducation santé social

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